10 questions que vous rêvez de poser à votre ami traducteur

Le traducteur est un métier bien mystérieux. Il travaille chez lui dans sa grotte, sort peu, mais voyage tout le temps. Comment fait-il ? Voici donc les dix questions que vous avez toujours voulu poser à un traducteur et leurs réponses…

Combien tu gagnes en tant que traducteur ?

Vaste sujet, mais ô combien croustillant. Difficile de répondre à cette question, car il y a traducteur et traducteur. On peut dire que nous gagnons entre 1 500 et 4 000 euros par mois nets. La rémunération diffère du statut. Par exemple, en autoentreprise, les charges sont plus faibles qu’en société, le salaire peut ainsi très vite monter à 1 800 euros nets par mois (vacances comprises). Le travailleur indépendant, lui, devra travailler plus ou trouver de meilleurs clients pour parvenir à la même rémunération pour le même nombre de mots traduits. Le salaire dépend donc aussi du type de clients (ils paient plus ou moins bien) et du nombre de mots traduits chaque mois. Plus on travaille, plus on gagne.

Comment commences-tu ta journée ?

Alors en général, le traducteur se lève et allume son ordinateur puis commence à travailler. Après une heure, il fait une pause « douche/petit déjeuner », s’habille (eh oui il ne travaille pas toute la journée en pyjama) et reprend le travail.

Pourquoi tu traduis vers le français ? C’est nul !

Les gens sont souvent déçus quand on leur dit qu’on traduit vers le français. Un traducteur professionnel traduit toujours vers sa langue maternelle, c’est dans le code de déontologie des traducteurs. C’est bien simple, le jour où vous souhaitez que votre livre soit écrit en anglais, quoi de plus naturel que de faire appel à un Anglais ? C’est pareil pour le français. Pour que le texte restitué soit parfait, rien de tel qu’un natif.

Quels sont tes horaires de travail ?

Ou « C’est génial tu peux te lever à 10 heures ! ». Dans l’absolu, oui, nos horaires sont souples. En pratique, c’est différent. Nous travaillons avec des clients qui ont des horaires de bureau standard. Du coup, pour être joignable et pour communiquer avec eux, il est préférable de travailler aux mêmes horaires. Donc nos horaires sont normaux (désolés de te décevoir !).

Où travailles-tu ?

Depuis que nous sommes trois, je n’ai plus de pièce spéciale pour mon travail. J’ai hésité entre installer mon bureau dans le salon ou la chambre. Finalement, j’ai choisi la deuxième option. De cette façon, pendant ma pause à midi je décompresse loin du PC et le soir je ne l’ai plus en face de moi. Et la nuit, je dors !

Comment on te rémunère ?

Mes clients sont réguliers donc en général, ils m’envoient un bon de commande pour une traduction. J’exécute le travail, leur livre dans le délai imparti. En fin de mois, j’établis une facture mensuelle de tous les travaux exécutés au cours du mois. Le client doit me payer sous 30 jours (donc si je traduis en décembre, on me paie fin janvier).

Tu n’as pas peur de te faire remplacer par Google ?

Oui, Google traduction et les autres machines du genre veulent remplacer le traducteur humain qui coûte cher et qui est lent. Je n’ai pas peur, car la traduction automatique (de Google donc) a toujours besoin d’une relecture exécutée par nos soins pour qu’elle soit correcte. Et puis, soyons honnêtes, vous iriez faire traduire votre livre ou votre site par Google Traductions ? Vous trouveriez ce choix vendeur ? Je ne pense pas. Je serais très contente que Google nous remplace pour les tâches de traduction ingrates comme celles de certains manuels ou contrats, mais les traductions créatives, idiomatiques et stylistiques ne pourront jamais être remplacées par Google. La traduction automatique s’appuie sur des faits. La traduction humaine, sur des pensées.

As-tu une vie sociale ?

La grande question des parents. Oui, travailler sur son ordinateur toute la journée en solo n’est pas l’idéal pour draguer. Mais le métier de traducteur nécessite beaucoup de calme et il est impossible de l’exercer « en société ». Pour éviter de me faire manger par mon chat, je me force à sortir au moins une fois par jour. J’ai également une activité à l’extérieur avec de vraies gens. Et j’ai aussi des amis ! Donc oui, j’ai une vie sociale. La différence avec un travailleur en entreprise, c’est qu’au lieu de la subir (collègues à supporter), je la choisis.

Est-ce qu’il t’arrive d’avoir des retours négatifs sur ton travail ?

Oui, la traduction n’est pas une science exacte. Quand on écrit un texte, on y met de sa personne. Et cela ne plaît pas forcément au client, qui a une histoire, des émotions, des connaissances tout à fait différentes. Il arrive parfois que le client n’ait pas aimé ma traduction. Il faut l’accepter et ne pas prendre ses remarques personnellement. C’est l’occasion d’améliorer sa technique (quand la critique est justifiée bien sûr).

Est-ce que tu ne t’ennuies pas trop ? Tu veux pas venir avec moi chez Ikea ?

La traduction est une vocation. J’étais passionnée par la littérature et les voyages. Le métier de traducteur me permet de voyager par l’écriture. Je ne m’ennuie jamais. Certes, il y a des périodes où les projets manquent d’originalité, se suivent et se ressemblent. Mais comme dans tout métier, je suppose. Après tout, si la traduction était toujours agréable, on ne nous paierait pas. Aujourd’hui, quand je compare ma vie avec celle de mes proches, je me dis que ce métier colle à ma peau. J’aime le changement en règle générale mais si je veux du neuf, ce ne sera pas sur le plan professionnel.

Alors, heureux ? 

facebooktwittergoogle_pluslinkedinmailfacebooktwittergoogle_pluslinkedinmail

9 commentaires

  1. Joli tour d’horizon !
    (ps) Je savais pas que les chats aimaient à ce point les traducteurs ;-))

  2. Chouette article !
    Par contre, en tant que future collègue traductrice, je dois souligner une faute dans le texte : « J’ai également une activité à l’extérieur avec de vraies gens.  » gens est un nom masculin pluriel -> de vrais gens.
    Bonne continuation ! J’espère que tu pourras passer les fêtes au calme sans traduction de dernière minute :)

  3. Bien le bonjour.

    Je pense de plus en plus sérieusement à me faire traducteur,
    mais il y a quelque chose qui me fait hésiter.
    J’ai lu sur un autre site (http://www.nakedtranslations.com/fr/2004/comment-devenir-traducteurtrice) qu’en tant que traducteur « en préparation », il fallait faire quelques premières traductions bénévolement pour étoffer la section « expérience » du CV.
    J’ai pensé donc à contacter des musées français pour leur proposer des traductions de leurs sites en anglais, mais si c’est interdit par le code de déontologie des traducteurs pro, je ne devrais logiquement pas le faire.
    Mais alors, comment faire mes premières expériences ?

    Merci d’avance pour vos éclaircissements.
    Comment trancher ce ne

    • Maeva

      14 janvier 2016 à 9 h 22 min

      Bonjour Nicolas,
      Effectivement, il existe un code de déontologie des traducteurs, disponible sur le site du syndicat national des traducteurs. Il y est écrit que le traducteur s’engage à « traduire uniquement vers sa langue maternelle ou une
      langue cultivée, maniée avec précision et aisance ». (lien ici : http://www.sft.fr/clients/sft/telechargements/file_front/43504_2014_SFT_CODE_DEO_fr_brochure.pdf.pdf)

      Pour parfaire votre CV de traducteur, vous pouvez traduire des textes de votre choix vers le français, cela donnera déjà un bon aperçu de vos capacités au client. Vous pouvez également traduire pour des logiciels libres. Après il faut rester dans votre domaine de prédilection et ne pas vous éparpiller. Si vous avez voyagé, vous pouvez par exemple proposer vos services gratuits à des hôtels, restaurants… qui ont un site mais pas de version française en expliquant votre projet.

      Bonne chance !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*