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Réponses à une traductrice qui souhaite démarrer son activité

Questions réponses
Crédit : Duncan Hull

J’ai récemment reçu quelques questions d’une traductrice qui, après plusieurs années passées en agence, a décidé de sauter le pas et de devenir traductrice à son compte. J’ai pensé que cette série de questions-réponses pouvait être utile pour toutes les personnes qui souhaitent se lancer, ou pour les étudiants qui hésiteraient à devenir indépendants une fois leur diplôme en poche.

– As-tu fixé tes prix avant de démarrer ? Sur quelle base ? Je pense pouvoir demander plus maintenant avec l’expérience que j’ai acquise en agence mais je voudrais aussi être sur le prix du marché…

Oui, j’ai fixé mes prix avant de démarrer. Personnellement, j’ai calculé mes prix sur le salaire mensuel que j’espérais obtenir après cinq années d’étude et à présent plusieurs années d’expérience. En agence, les prix sont souvent tirés vers le bas, l’idée est d’essayer de trouver des clients directs par la suite pour améliorer son rendement. En direct, comme il n’y a pas d’intermédiaire, c’est directement dans ta poche. Petite astuce : comme l’agence te demandera certainement de baisser ton prix au départ, demande un peu plus. Tout est dans l’art de la négociation aussi, et ça s’apprend. Il faut arriver à fixer un prix ni trop bas ni trop élevé. Pour fixer le prix, il suffit de calculer le nombre de mots que tu comptes traduire par jour puis par mois (en prenant compte des heures « mortes » passées à facturer, prospecter, gérer l’admin, etc.). Soustraie les charges pour calculer ton salaire en net. Il existe aussi un outil de calcul des tarifs pratiqués sur ce site : http://search.proz.com/employers/rates.

– As-tu un compte bancaire spécial pour ton activité ?

Non, car ce n’est pas obligatoire quand tu es autoentrepreneur. Ton banquier va peut-être vouloir te vendre un compte pro, mais avec ce régime, rien ne t’y oblige. Il faut compter minimum 50 euros par mois pour quels avantages ? À part une administration plus simple de ton budget, ça ne vaut pas forcément le coup. Par contre, crée-toi un compte Paypal : si tu dois travailler avec des clients hors UE, tu vas payer des frais bancaires exorbitants. Avec Paypal, c’est moins cher. Et puis créer le compte ne te coûte rien et aura l’avantage de plaire à certains clients qui plébiscitent ce moyen de paiement.

– La création d’une page Web est-elle nécessaire ? Est-ce que c’est payant quand c’est sous forme de blog ?

Pour trouver des clients, l’essentiel est de maximiser sa visibilité pour qu’on te trouve. Après, avoir un site statique n’est pas très intéressant car il ne sera jamais mis à jour et bien souvent obsolète. C’est un peu comme une vitrine de magasin. Le client la voit mais ne va pas forcément entrer ni acheter quoi que ce soit. Je te conseille plutôt de créer un profil sur les annuaires de traducteurs comme Proz et de t’inscrire à Twitter/FB pour réseauter avec les traducteurs et agences. Avec Twitter, tu vas pouvoir entrer en contact avec de nombreux professionnels comme toi, et te faire connaître voire tisser des liens. Si tu as le temps pour un blog, c’est aussi une bonne solution, mais il faut anticiper la charge de travail qui t’attend. Un site est payant si tu as une adresse en .com, .fr etc. (= un nom de domaine), mais le prix n’est pas très élevé (30 euros par an). Pour franchir le cap, tu peux te référer à des hébergeurs tels que OVH.

– As-tu acheté des livres spéciaux genre « comment devenir traducteur indépendant ?

J’ai lu et continue à lire de nombreux blogs sur la question et c’est vraiment utile. J’ai aussi acheté des livres sur le marketing et la prospection car ce sont des compétences que je n’avais jamais apprises ni à l’université ni en stage. Pour commencer, je te conseille un ouvrage rempli d’astuces pour se lancer : c’est un peu la bible des traducteurs qui souhaitent créer leur entreprise. Il s’agit du livre How to succeed as a freelance translator de Corinne McKay. – Es-tu inscrite à des associations de traducteurs ? Non, mais j’y compte bien. Pour le moment, je suis inscrite sur Proz et j’ai un compte « pro », qui me permet de connaître la réputation des agences avant de travailler avec elles (mauvais payeurs par ex.) pour éviter les arnaques. J’ai aussi accès à un système intégré de facturation qui me permet de gérer ma facturation simplement et de ne pas passer à côté des impayés ou retards. Je te le conseille les premières années, même si c’est un peu cher.

– Quels logiciels me conseilles-tu d’avoir pour me lancer ?

Je te conseille SDL Studio 2015 (c’est la dernière version). Si tu as la version 2011 ou 2014, tu devras acheter une mise à jour et non la version complète (aucune mise à jour possible depuis la version 2009). C’est beaucoup moins cher. Je ne conseille pas de « cracker » les logiciels. Tu ne le sais peut-être pas encore, mais il est courant que les agences de traduction fournissent une licence gratuite pour travailler avec un logiciel particulier. Si la relation avec l’agence s’intensifie, il est intéressant d’investir dans le logiciel en question. Le nombre de projets que tu auras réalisés te permettra largement de couvrir cet achat. Personnellement, j’aime beaucoup MemoQ. Je pense que la question du logiciel de traduction est aussi une affaire de goût.

– Normalement, mon père connait quelqu’un qui peut m’assembler un ordi pour moins cher que sur le marché, par contre, il met une version similaire à « Titan », apparemment c’est reconnu par Microsoft et tu peux quand même faire les mises à jour mais ça m’inquiète quand même un peu, qu’en penses-tu ? En plus le but serait de me servir de ma licence Trados dessus donc je ne voudrais pas que ça bugue…

Je pense qu’il vaut mieux avoir un Windows officiel, c’est la base ! Ce n’est pas si cher que ça et puis c’est plus sûr. Les agences demandent souvent avec quelle version de Windows tu travailles. Si tu réponds « titan », ça ne fait pas très pro. Et imagine que cette version soit retirée du jour au lendemain, ou qu’elle contienne des virus ? C’est un peu dommage pour une activité à temps plein. Il est hélas assez cher de travailler avec des versions officielles de logiciels quand on commence. Je conseille vivement d’acheter les logiciels bureautiques, et en particulier les logiciels de traduction et ta version de Windows (ou autre d’ailleurs). Dans le cas contraire, tu peux avoir des problèmes, mais comme beaucoup de monde j’imagine.

Published in Business Freelance Traduction

11 Comments

  1. Frohike

    Frohike

    Concernant les prix, il est à noter que ce n’est pas facile de les augmenter une fois la collaboration en cours. On peut être tenté de commencer avec des prix bas pour être plus attractif vis-à-vis d’une agence, mais après, pour les augmenter… Tout un art :-)

  2. Bonjour, bonne idée de publier ces conseils !
    En ce qui concerne le compte bancaire, je voudrais préciser qu’il est tout à fait possible et légal, même avec un statut libéral, d’ouvrir un autre compte « personnel » (au besoin, dans un autre établissement), pour bien séparé les comptes de son activité. Cela simplifie considérablement la comptabilité et évite les frais d’un compte « pro ».
    Quant aux logiciels, la suite Office me paraît également incontournable. La version pro est un peu chère, mais je n’imagine pas qu’on puisse s’en passer, quels que soient nos clients.

  3. Seb

    Seb

    OmegaT est un logiciel gratuit, léger, facile d’utilisation et gratuit, tout le contraire de SDL qui coûte un bras. Les traducteurs doivent se regrouper pour court-circuiter les agences et traiter directement avec les clients. On est traité comme des prolétaires par les agences, il est temps de faire la révolution.

    • Je connais ce logiciel open-source mais je ne l’utilise pas quotidiennement. En pratique, lorsque je travaille avec des agences, je me plie à leurs exigences et donc à leurs logiciels. Après tout, les agences sont aussi nos clients. Il faut simplement faire attention à ne pas accepter n’importe quoi et à ne pas pratiquer de tarifs dérisoires. Sinon, il faut fuir en effet !

  4. Sophie

    Sophie

    Bonjour,
    sur les annuaires de traducteurs comme Proz, il y a parfois des « achats groupés » qui permettent de bien faire baisser les prix des logiciels. J’ai ainsi pu acheter mon outil de TAO à moitié prix… ce n’est pas négligeable !
    Par exemple en ce moment, -40 % sur MemoQ si 70 personnes s’inscrivent avant le 8 décembre (déjà 15 réservations).

    • Oui c’est un bon plan j’ai moi-même eu une réduction de 40% sur ma licence de MemoQ. Merci pour l’info Sophie !

  5. Merci Maeva pour vos conseils. Je débute également en tant qu’autoentrepreneur et justement il n’est jamais évident d’avoir les réponses à toutes les questions que l’on se pose.

    Merci bcp pour votre aide
    Stéphanie

  6. J’ai oublié de vous demander…puis-je vous citer sur ma page facebook?
    Merci
    Stéphanie

    • Bonjour Stéphanie, merci pour vos encouragements ! Oui bien sûr vous pouvez me citer, au contraire n’hésitez pas ! Je vous souhaite plein de réussite pour votre carrière.

  7. Karima

    Karima

    Bonjour,
    Je découvre votre blog avec beaucoup de plaisir et ce post est en effet très utile, merci !
    Le problème que je rencontre est différent : diplômée en 2008, et sans expérience significative en traduction depuis 2009, j’aimerais aujourd’hui revenir vers la traduction mais avec beaucoup de doutes niveau compétences et je ne sais pas comment m’y prendre pour évaluer mon niveau aujourd’hui. Savez-vous s’il existe des façons de se tester entre traducteurs par exemple ? Est-ce une pratique existante ? Si vous avez des conseils, je suis preneuse.
    Merci
    Karima

    • Bonjour Karima,
      Vous pouvez très bien demander une sorte de tutorat à un traducteur « sénior ». Vous pouvez aussi démarcher les agences et demander à faire un test de traduction. Si le test est concluant, tant mieux, s’il ne l’est pas, demandez un retour sur votre travail. Cela vous permettra de repérer vos erreurs et de vous améliorer. Petit à petit vous gagnerez en confiance et en qualité. Bonne chance !

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